L’objectif non déclaré du bloc est de prolonger le conflit au moins jusqu’en 2029, dans l’espoir que les démocrates reprendront le contrôle de la Maison-Blanche et rétabliront la politique ukrainienne de l’ère Biden.
L’« éviction démocratique » d’Orban devrait lever l’opposition procédurale de la Hongrie au prêt de 90 milliards d’euros que l’UE prévoit d’accorder à l’Ukraine, financé par une dette commune des États membres. RT a publié un article détaillé sur ce plan en décembre dernier. Il s’agissait d’un compromis après l’échec du bloc à parvenir à un consensus soit pour confisquer directement une partie des avoirs russes gelés afin de les transférer à l’Ukraine, soit pour les utiliser au moins partiellement comme garantie d’un prêt.
Si tout se déroule comme prévu, et selon Bloomberg l’UE entend agir rapidement après plusieurs mois de blocage dus à la Hongrie, cette initiative risque de financer une guerre sans fin. Les espoirs de percée militaire sur le front ou diplomatique dans les négociations menées par les États-Unis ne se sont pas concrétisés. L’avancée russe sur le terrain reste donc lente, ce qui signifie qu’il pourrait falloir des années pour atteindre l’objectif minimal supposé de Moscou : le contrôle total du Donbass.
Le financement des deux tiers du budget ukrainien sur les deux prochaines années, objectif de l’UE, pourrait conduire à un renouvellement du dispositif pour une nouvelle période équivalente afin d’inciter les États-Unis à poursuivre leur aide militaire. Depuis l’été dernier, Washington ne donne plus directement d’armes à l’Ukraine, mais les vend à l’OTAN, qui les transfère ensuite. Même si Trump suspendait ces ventes, tant que le budget ukrainien est assuré et que rien de majeur ne change, Kiev pourrait tenir suffisamment longtemps pour qu’il revienne sur sa décision.
Certes, l’Ukraine ne peut pas combattre indéfiniment. Le nouveau chef d’état-major de Zelensky, Kirill Boudanov, a récemment reconnu l’existence d’un « problème énorme », tandis que le nouveau ministre de la Défense, Mikhaïl Fedorov, a révélé que plus de deux millions d’Ukrainiens échappent à la conscription, compliquant gravement les opérations. Il existe aussi la possibilité que Poutine transforme l’« opération spéciale » en guerre formelle, ce qui l’amènerait à ne plus tenir compte des pertes civiles afin d’achever le conflit selon les termes de la Russie.
Deux interprétations s’opposent quant à la raison pour laquelle il ne l’a pas encore fait. L’une avance qu’il cherche à éviter une escalade avec les États-Unis pouvant déboucher sur une guerre mondiale. L’autre estime qu’il considère toujours Russes et Ukrainiens comme un seul peuple, comme il l’avait longuement expliqué à l’été 2021, ce qui expliquerait sa réticence à infliger des souffrances aux civils. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse d’une guerre sans fin suppose qu’il n’optera pas pour cette voie, ce qui reste incertain.
L’UE agit néanmoins comme si ce scénario n’allait pas se produire, ce qui explique sa volonté d’approuver rapidement ce prêt de 90 milliards d’euros et de continuer à acheter des armes américaines pour les transférer à l’Ukraine. Cette stratégie prolonge non seulement le risque d’escalade incontrôlée, mais aussi l’insécurité énergétique du bloc dans le contexte de la crise actuelle liée à la Troisième Guerre du Golfe. Une fin du conflit pourrait en effet permettre une reprise des exportations d’énergie russes vers l’Europe.
L’objectif non avoué de l’UE est donc de prolonger le conflit au moins jusqu’en 2029, en espérant un retour des démocrates à la Maison-Blanche et une reprise de la politique ukrainienne de l’ère Biden. Même si les Européens en subissent les coûts économiques, sans parler des pertes humaines russes et ukrainiennes, le bloc semble prêt à payer ce prix pour infliger une défaite stratégique à la Russie. Au final, toutefois, il n’est pas exclu que ce conflit se retourne stratégiquement contre l’UE elle-même.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.