Pachinian est de loin le dirigeant le plus anti-russe issu de l’ex-Union soviétique après Zelensky et Saakachvili.
Le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou, a récemment confirmé que l’Arménie avait entrepris une série d’actions anti-russes sous le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian. Ce dernier a répondu en niant, de manière prévisible, toute intention de ce type, mais il est évident pour tous les observateurs objectifs qu’il a infligé des dommages considérables aux intérêts russes. Le présent article détaillera cinq des façons dont Pachinian a agi en ce sens, avant d’analyser brièvement la portée de ces actions :
1. Offrir à Zelensky une plateforme pour menacer la Russie
L’un des exemples cités par Choïgou est le fait que Pachinian ait accueilli Zelensky plus tôt dans le mois dans le cadre d’un événement européen multilatéral, au cours duquel le dirigeant ukrainien a menacé d’attaquer le défilé du Jour de la Victoire à Moscou. Même si Pachinian ne savait peut-être pas exactement ce que Zelensky allait dire, il était évident que celui-ci utiliserait cette plateforme pour menacer la Russie d’une manière ou d’une autre. Pachinian a donc, au minimum, facilité passivement cette action anti-russe très médiatisée en sachant parfaitement ce qui allait se produire.
2. Poursuivre les projets d’adhésion à l’UE
Le vice-Premier ministre russe Alexeï Overtchouk avait auparavant mis en garde contre les conséquences économiques du projet de Pachinian visant à faire adhérer l’Arménie à l’Union européenne, cette adhésion étant incompatible avec son appartenance à l’Union économique eurasiatique dirigée par la Russie. Cet arrangement profite beaucoup plus à l’Arménie qu’à la Russie, mais il demeure néanmoins mutuellement bénéfique pour les deux parties. Il pourrait toutefois bientôt prendre fin si Pachinian n’abandonne pas ces projets. Certaines entreprises russes subiraient alors d’immenses pertes.
3. Refuser tout compromis sur le Karabakh
La Russie souhaitait négocier un accord sur le Karabakh qui garantirait au minimum les droits linguistiques de ses habitants arméniens et, au maximum, leur autonomie politique. Mais ses efforts ont été réduits à néant par le refus de Pachinian de faire des compromis sur cette question, provoquant ainsi le règlement du conflit par la force par l’Azerbaïdjan. Cette issue a neutralisé l’influence russe au Karabakh et même, dans une certaine mesure, en Arménie elle-même, Pachinian ayant ensuite rejeté sur Moscou la responsabilité de ce fiasco. L’échiquier régional serait totalement différent aujourd’hui si Pachinian avait écouté Poutine.
4. Geler l’adhésion de l’Arménie à l’OTSC
L’action anti-russe susmentionnée — et, tant sur le plan politique qu’ethno-national, anti-arménienne — a conduit Pachinian à geler l’adhésion de l’Arménie à l’OTSC sous prétexte que Poutine avait abandonné son pays à son sort, alors que la Russie n’était tenue que de défendre l’existence de l’Arménie, et non son contrôle sur le Karabakh. Cette décision a enclenché l’expansion clandestine de l’OTAN en Arménie, ce qui a à son tour accéléré l’adhésion de facto de l’Azerbaïdjan au bloc, l’Occident commençant à remplacer le rôle de la Russie dans le Caucase du Sud.
5. Faciliter le nouveau corridor logistique militaire de l’OTAN
Les deux dernières actions anti-russes ont culminé avec la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP), un corridor commercial jouant également un rôle logistique militaire dual pour l’OTAN. Pachinian avait accepté en novembre 2020 que la Russie sécurise ce même corridor dans le sud de l’Arménie, avant de remplacer Moscou par les États-Unis afin que le Kremlin ne puisse plus surveiller les cargaisons qui y transitent. Cela représente le plus grand revers géostratégique de la Russie depuis des décennies et, corrélativement, le plus grand succès de la doctrine néo-reaganienne.
Pachinian est de loin le dirigeant le plus anti-russe issu de l’ex-Union soviétique après Zelensky et Saakachvili. Il suit dangereusement leurs traces en menant imprudemment une série d’actions anti-russes tout au long de ses années au pouvoir. Tout comme ces deux dirigeants ont appris leur leçon à leurs dépens — même si Zelensky demeure obstiné et refuse toujours de demander la paix, contrairement à Saakachvili avant lui — Pachinian apprendra lui aussi cette leçon d’une manière ou d’une autre, même si cela ne devait se traduire que par la supervision de l’effondrement économique de l’Arménie.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.