La « dissuasion avancée » de la France vis-à-vis de la Russie accroît le risque de guerre nucléaire

Le déploiement prévu par la France d’avions Rafale armés d’armes nucléaires dans l’Arctique, en Europe centrale et, éventuellement, dans les Balkans, constitue une menace stratégique d’un type nouveau pour la Russie.

L’annonce, à la fin du mois d’avril, selon laquelle la France et la Pologne mèneront régulièrement des exercices nucléaires, que les analystes estiment raisonnablement dirigés contre la Russie (plus précisément Kaliningrad) et le Bélarus, a représenté la première application de ce que le président français Emmanuel Macron a appelé la « dissuasion avancée ». Cette annonce a suivi son discours du début d’année dans lequel il a présenté ce concept, qui consiste essentiellement à étendre le parapluie nucléaire français à l’Europe. Cette initiative est intervenue peu après l’expiration du traité New START.

Le Telegraph a détaillé ce que Macron avait à l’esprit dans son article intitulé « How France took the nuclear option to make Putin think twice » (« Comment la France a choisi l’option nucléaire pour faire réfléchir Poutine à deux fois »). Des Rafale armés d’armes nucléaires tactiques seraient déployés non seulement en Pologne, mais probablement aussi aux Pays-Bas, en Belgique, en Grèce, en Suède, au Danemark et en Allemagne, tous ces pays ayant manifesté leur intérêt pour son initiative de « dissuasion avancée ». Le lendemain de la publication de cet article, la Norvège a annoncé qu’elle participerait à cette initiative et pourrait donc, elle aussi, organiser régulièrement des exercices nucléaires comme le fera la Pologne.

L’aspect tactique des armes nucléaires que la France envisage de déployer avec ses Rafale à travers l’Europe est significatif, explique le Telegraph, car elles s’inscrivent dans ce que sa doctrine nucléaire appelle un « tir d’avertissement nucléaire ». Il s’agit d’« une frappe nucléaire unique, limitée et non renouvelable, qui viserait très probablement une cible militaire ». L’objectif est d’effrayer la cible — en l’occurrence, selon cette analyse, la Russie — afin de la pousser à interrompre ses opérations militaires et à recourir exclusivement à des moyens diplomatiques pour résoudre le différend concerné.

Il est important de noter que la Roumanie a précédemment confirmé que la France l’avait invitée à rejoindre l’initiative de « dissuasion avancée », mais que son nouveau président a, de manière surprenante, refusé l’offre d’accueillir des composantes nucléaires, bien que le pays accueille déjà des troupes françaises. Si la Roumanie revenait sur cette décision, alors les Rafale basés en Norvège pourraient menacer les bases russes de l’Arctique avec des armes nucléaires tactiques, ceux stationnés en Pologne pourraient menacer celles de Kaliningrad et du Bélarus, tandis que des Rafale basés en Roumanie pourraient menacer celles de Crimée. Cela représenterait une menace stratégique d’un type nouveau pour la Russie.

Sur le plan conventionnel, le « cordon sanitaire » en cours de constitution dans la région arctique et baltique sous l’impulsion du Royaume-Uni, en Europe centrale sous l’impulsion de la Pologne, et sur l’ensemble de son flanc sud sous l’impulsion de la Turquie, se consoliderait, l’influence turque pouvant même s’étendre jusqu’à la Roumanie comme cela a été envisagé ici. Dans le même temps, l’Allemagne et la Pologne sont en concurrence pour constituer la plus grande armée de l’OTAN européenne (celle de la Pologne étant actuellement la plus importante), mais l’Allemagne pourrait représenter une menace comparable à celle de 1941 pour la Russie si elle finissait par prendre l’avantage.

Ces évolutions sont extrêmement dangereuses pour la Russie, car elles se produisent toutes à proximité immédiate de son territoire. Plus grave encore, les États baltes, traditionnellement hostiles à la Russie, pourraient être encouragés par ces développements à provoquer une crise avec la Russie ou à ouvrir un second front en soutien à l’Ukraine si le conflit en cours devait reprendre après sa conclusion inévitable, ce qui risquerait de provoquer une crise nucléaire si la France réaffirmait sa « dissuasion avancée » vis-à-vis de la Russie. La Russie pourrait alors lancer une première frappe nucléaire contre l’OTAN.

La dernière fois que la France s’est engagée à défendre un pays européen, elle a abandonné la Pologne face aux nazis durant la « drôle de guerre » ; ce précédent laisse penser qu’elle pourrait agir de la même manière à l’avenir. Les pays du flanc oriental de l’OTAN qui participent à l’initiative française de « dissuasion avancée », comme la Pologne, comme pourrait le faire un jour la Roumanie, ainsi que la Finlande ou encore les États baltes, devraient donc s’en souvenir s’ils étaient tentés de provoquer la Russie sous la protection du parapluie nucléaire français.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.