Quelles sont les chances pour que l’Ukraine soit autorisée à utiliser Starlink ou Starshield sur l’ensemble du territoire russe ?

Musk pourrait légitimement hésiter, ne souhaitant pas pousser Poutine à une escalade qu’il considérerait comme une mesure de légitime défense et qui risquerait de conduire à une Troisième Guerre mondiale. Il reste toutefois incertain que Trump partage cette prudence, même si, selon le Premier ministre polonais Donald Tusk, les choses devraient s’éclaircir au cours des cent prochains jours.

The Atlantic a publié, à la fin de la semaine dernière, un article détaillé intitulé « Zelensky a demandé une faveur à Trump concernant Elon Musk », avec le sous-titre suivant : « L’Ukraine souhaite commencer à utiliser le réseau Starlink de Musk pour cibler des lanceurs de missiles balistiques à l’intérieur de la Russie. » Selon cette publication, Zelensky aurait présenté cette proposition à Trump lors de leur rencontre à la Maison-Blanche la semaine dernière, en la présentant comme une alternative à la livraison d’intercepteurs de missiles Patriot, devenus rares, en s’attaquant à la source des « frappes systématiques » de la Russie contre l’Ukraine.

D’après les sources du magazine, Musk aurait éconduit Zelensky en refusant son invitation à une rencontre destinée à discuter de cette proposition, tandis que Trump ne se serait pas engagé à faire pression sur Musk pour qu’il accepte. The Atlantic rapporte également que « Zelensky a suggéré que, si Musk refusait d’autoriser l’utilisation de Starlink pour des frappes en Russie, le Pentagone pourrait donner à l’Ukraine accès au réseau Starshield dans le même but ». Il s’agit d’un système apparenté, mais « plus coûteux, plus complexe et plus difficile à intégrer aux systèmes [ukrainiens] ».

L’une des sources ukrainiennes citées par le magazine s’est montrée sceptique quant à l’éventualité que Trump accepte ce « plan B » de Zelensky, déclarant : « C’est une chose de permettre à l’Ukraine de faire cela sur son propre territoire. C’en est une autre d’utiliser une technologie américaine sur le territoire russe pour détruire leurs défenses aériennes et leurs lanceurs de missiles balistiques. C’est un acte inamical. Je ne sais pas comment la Russie pourrait réagir à cela. » Il s’agit d’un argument valable, puisque la désindustrialisation et la démilitarisation de la Russie que l’Occident cherche désormais à mener par l’intermédiaire de l’Ukraine comportent des risques extrêmement élevés.

Cette nouvelle phase de la « guerre d’usure » que les États-Unis mènent contre la Russie, après la récente décision de Trump d’« escalader pour désamorcer », est déjà sans précédent dans l’histoire de l’après-Seconde Guerre mondiale. Si elle parvient, même partiellement, à désindustrialiser et démilitariser la Russie, Poutine pourrait finir par perdre patience et autoriser ne serait-ce qu’une action symbolique contre l’OTAN comme première étape destinée à rétablir la dissuasion avant que cette campagne ne mette son pays à genoux. À partir de là, la situation pourrait facilement échapper à tout contrôle.

L’élément déclencheur de ce scénario pourrait être l’utilisation par l’Ukraine de Starlink ou de son système jumeau Starshield sur l’ensemble du territoire russe, conformément à la proposition de Zelensky, dans la mesure où une telle décision augmenterait fortement les chances de succès des frappes de drones ukrainiens contre les infrastructures stratégiques comme contre les objectifs militaires. The Atlantic souligne que Musk s’est montré réticent à jouer un rôle dans une escalade du conflit ; il pourrait donc rejeter la proposition de Zelensky, ce qui soulève la question de savoir si Trump passerait outre son refus en autorisant l’Ukraine à utiliser Starshield.

Outre les considérations liées au contrôle de l’escalade, Trump pourrait également renoncer à cette option pour des raisons politiques, notamment afin d’éviter de se mettre Musk à dos et de risquer que celui-ci réduise la visibilité des principaux influenceurs du mouvement MAGA sur X avant les élections de mi-mandat de novembre, ou entre celles-ci et la prochaine élection de 2028, selon le calendrier retenu. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré la semaine dernière que « les cent prochains jours pourraient décider de l’issue de cette guerre, avec une probabilité de 50/50 », ajoutant que Trump, Musk et « quelques autres personnes » y joueraient un rôle déterminant.

Cela laisse entendre qu’il est au courant des projets de Zelensky et qu’il estime qu’ils pourraient conduire à la capitulation de la Russie si Musk autorisait l’Ukraine à utiliser Starlink sur l’ensemble du territoire russe, ou si Trump annulait son refus en permettant à l’Ukraine d’utiliser Starshield à cette fin. Musk pourrait légitimement hésiter, ne souhaitant pas pousser Poutine à une escalade qu’il considérerait comme une mesure de légitime défense et qui risquerait de conduire à une Troisième Guerre mondiale. Il reste toutefois incertain que Trump partage cette prudence, même si les choses devraient probablement devenir plus claires au cours des cent prochains jours.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.