L’utilisation prévue par l’Inde de la route maritime du Nord l’an prochain relancera l’anneau russo-indien

Ce concept désigne la manière dont le Corridor de transport Nord-Sud, le Corridor maritime oriental et la route maritime du Nord forment un anneau autour de l’Eurasie afin de faciliter les échanges bilatéraux ainsi que leurs échanges avec des pays tiers.

Le secrétaire adjoint du ministère indien des Transports maritimes, S. Venkatesapathy, a déclaré lors du Forum des régions arctiques à Arkhangelsk, à la mi-août, que l’Inde enverrait son premier navire de transport de marchandises par la route maritime du Nord (NSR) l’année prochaine. Le rapport de RT a informé ses lecteurs que « pour l’Inde, la route arctique peut permettre d’économiser jusqu’à 40 % sur la distance et environ deux semaines de temps de trajet vers la plupart des ports européens, par rapport à la route traditionnelle via le canal de Suez ». Il leur a également rappelé que cette dernière est aujourd’hui plus dangereuse.

Il s’agit d’une évolution importante, car elle relancera le concept de l’anneau russo-indien, mentionné pour la première fois ici au début du mois de janvier 2024. L’idée est que leur Corridor de transport Nord-Sud (NSTC) via l’Iran, le Corridor maritime oriental (EMC) entre Vladivostok et Chennai, et la NSR forment un anneau autour de l’Eurasie afin de faciliter les échanges bilatéraux ainsi que leurs échanges avec des pays tiers. Le NSTC est actuellement inutilisable en raison du blocus partiel de l’Iran par les États-Unis, de sorte que le concept est pour l’instant gelé.

Néanmoins, l’utilisation prévue de la NSR par l’Inde l’année prochaine relancera l’anneau russo-indien en se substituant à une partie du rôle que le NSTC était censé jouer dans les échanges bilatéraux et les échanges entre l’Inde et l’UE, cette dernière pouvant être beaucoup plus favorable à cette solution qu’au NSTC puisqu’elle ne traverse ni la Russie ni l’Iran par voie terrestre. La NSR ne traverse que les eaux russes, ce que l’UE pourrait considérer comme qualitativement différent d’un passage par ses frontières terrestres, ce qui permettrait éventuellement d’éviter toute discussion sur une violation des sanctions.

Du point de vue de l’Inde, il est impératif d’inaugurer une route alternative au canal de Suez compte tenu de l’imprévisibilité persistante autour de Bab el-Mandeb, tandis que le prometteur Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) de la fin de 2023 n’est plus viable en raison des tensions entre l’Arabie saoudite et Israël après le 7 octobre. De même, l’Inde a un intérêt propre à développer ses échanges avec la Russie via la NSR afin de contribuer à prévenir de manière anticipée une dépendance potentiellement disproportionnée à l’égard de la Chine : cette solution permet donc d’atteindre deux objectifs.

Quant à la Russie, elle partage également ce dernier objectif, tout en espérant que l’augmentation des échanges entre l’Inde et l’UE (même s’ils s’effectuent initialement via des navires de transport indiens) pourrait réduire les tensions dans l’Arctique alimentées par l’Occident, qui constitue l’un des fronts du nouveau « cordon sanitaire » qui se met actuellement en place autour de la Russie. L’argument est que l’Europe serait d’autant plus réticente à aggraver les tensions dans cette région qu’elle en viendrait à dépendre de cette route pour ses échanges non seulement avec l’Inde, mais aussi avec le Japon, la Corée du Sud, la Chine et l’Asie du Sud-Est.

À l’exception de la Chine, qui demeure la rivale géopolitique de l’Inde malgré leur récent apaisement des tensions et dont les relations avec la Russie sont distinctes de celles de la Russie avec l’Inde, l’utilisation réussie de la NSR par l’Inde pourrait éventuellement inciter les autres pays à lui emboîter le pas, même si ce n’est que progressivement dans un premier temps. Après tout, des pays comme le Japon commercent beaucoup avec l’Europe, mais ils se trouvent eux aussi dans la même situation que l’Inde aujourd’hui vis-à-vis du canal de Suez et de Bab el-Mandeb. Il est donc dans leur intérêt objectif, mais pas nécessairement politique, de suivre son exemple.

La relance de l’anneau russo-indien, qui nécessite de rétablir son rôle dans la facilitation des échanges entre l’Inde et l’UE via la NSR après que la troisième guerre du Golfe a rendu le NSTC temporairement inutilisable, pourrait remodeler l’Eurasie sur le plan géo-économique. L’objectif stratégique global est de rétablir le rôle souhaité par la Russie dans les échanges Est-Ouest dans leur ensemble, après ce qui s’est produit avec le NSTC et après que les sanctions ont réduit auparavant l’intérêt pour le chemin de fer transsibérien. Cela prendra du temps et pourrait ne pas aboutir, mais l’utilisation de la NSR par l’Inde constitue une étape positive dans cette direction.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.