L’acquisition du Groenland par les États-Unis pourrait déboucher sur un accord concernant les îles arctiques du Canada

Trump pourrait affirmer que la construction d’infrastructures liées au projet « Golden Dome » — éventuellement aussi destinées à dissimuler le déploiement de nouveaux systèmes d’armes offensives dans l’Arctique pour viser la Russie et la Chine — est nécessaire pour combler l’espace entre la plus grande île du monde et l’Alaska.

Trump a présenté son projet d’acquisition du Groenland comme indispensable à son mégaprojet de défense antimissile « Golden Dome » et a également laissé entendre que de nouveaux systèmes d’armes offensives pourraient y être déployés. Il l’a fait dans un message annonçant des droits de douane contre plusieurs alliés de l’OTAN, message accompagné de l’envoi symbolique d’unités militaires dans la région. Selon plusieurs sources actuelles et anciennes de l’administration, qui se sont récemment confiées à NBC News, il emploierait désormais un langage similaire en privé lorsqu’il évoque le Canada.

Ces sources affirment que Trump n’a pas évoqué le stationnement de troupes américaines le long de la frontière nord canadienne, jugée vulnérable, mais qu’il a proposé « davantage d’entraînements et d’opérations militaires conjointes entre les États-Unis et le Canada, ainsi qu’une intensification des patrouilles aériennes et maritimes communes, de même que des patrouilles navales américaines dans l’Arctique ». Toutefois, même présentées comme défensives, ces mesures laisseraient subsister un vide manifeste dans la couverture d’interception arctique du « Golden Dome » entre l’Alaska et le Groenland, au niveau des îles arctiques canadiennes.

Il ne peut donc être exclu que ces propositions visent en réalité à faciliter la construction d’infrastructures du « Golden Dome » sur ces îles afin de combler cette lacune. Des systèmes d’armes offensives pourraient également y être déployés, y compris sous couvert de missiles intercepteurs — exactement comme la Russie accuse depuis longtemps les États-Unis de l’avoir envisagé en Europe centrale et orientale dans le cadre de leurs projets de défense antimissile en Pologne et en Roumanie, lesquels furent à l’origine des premières tensions majeures du XXIᵉ siècle entre les deux pays.

L’histoire pourrait ainsi se répéter, comme le laisse craindre le désintérêt manifeste de Trump pour une prolongation du traité New START avant son expiration au début du mois prochain, sans même parler de la négociation d’un nouvel accord de contrôle des armements stratégiques incluant les nouveaux systèmes offensifs. Si les États-Unis laissent cet accord expirer, cela pourrait s’expliquer par des projets non déclarés de déploiement d’armes offensives dans l’Arctique — en Alaska, au Groenland et/ou dans les îles arctiques canadiennes. De tels systèmes couvriraient l’ensemble du territoire russe et pourraient également atteindre facilement la Chine.

À ce sujet, les États-Unis considèrent la Chine comme leur seul rival stratégique, et non la Russie. Selon la « doctrine Trump » influencée par Elbridge Colby, le rôle de la Russie serait celui d’un partenaire junior dans un ordre mondial revitalisé sous direction américaine, au sein duquel Washington investirait dans les ressources russes afin de priver la Chine de leur accès et de freiner sa trajectoire de superpuissance. Si les tensions avec la Russie s’apaisaient, les États-Unis s’attendraient alors à ce que Moscou n’intercepte pas les missiles américains lancés depuis l’Arctique et dirigés vers la Chine en cas de conflit.

Quelle que soit l’évolution des relations américano-russes et la réaction éventuelle de Moscou dans ce scénario, les États-Unis devraient poursuivre l’expansion de leur sphère d’influence militaire sur l’ensemble de l’espace arctique nord-américain, en commençant par le Groenland et en aboutissant aux îles arctiques du Canada. L’acquisition du premier pourrait conduire à un accord, obtenu sous la contrainte tarifaire, pour la construction d’infrastructures militaires dans les secondes, ainsi qu’à d’éventuels projets conjoints d’exploitation des ressources, facilités par la promesse d’un allègement des droits de douane.

Le Canada est incapable de défendre ses îles arctiques, ce qui les rendrait vulnérables en cas de confrontation directe. Trump ne semble toutefois pas intéressé par leur annexion pure et simple, d’où la probabilité qu’il privilégie un accord imposé. L’acquisition du Groenland lui permettrait alors d’argumenter que l’extension du « Golden Dome » aux îles arctiques canadiennes est nécessaire pour combler l’espace entre la plus grande île du monde et l’Alaska. Le Canada pourrait ainsi soit conclure un accord relativement équitable, soit être contraint d’accepter des conditions défavorables sous la pression des droits de douane, soit, en dernier ressort, voir ces îles lui être retirées par la force.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.