La Russie ne risque pas de devenir un vassal de la Chine, pas plus que l’Inde ne risque de devenir celui des États-Unis.
Le portail juridique officiel de la Russie a récemment publié les détails du pacte logistique militaire « Reciprocal Exchange of Logistics Support » (RELOS) conclu l’an dernier avec l’Inde. Le maréchal de l’air Anil Chopra (à la retraite), de RT, en a proposé une analyse détaillée, soulignant qu’il « permet le déploiement simultané de jusqu’à 3 000 soldats, cinq navires de guerre et dix avions sur le territoire de chacun ». Mais cet accord va plus loin, comme l’explique la présente analyse. Voici les cinq messages que RELOS envoie au monde :
1. La Russie et l’Inde restent des partenaires stratégiques privilégiés et spéciaux
Pepe Escobar a affirmé à tort à la mi-mars que l’Inde avait « trahi » la Russie, ce qui est totalement démenti par RELOS, qui rétablit une présence militaire permanente de la Russie dans l’océan Indien, héritée de la Guerre froide. De son côté, l’Inde peut désormais obtenir une présence militaire permanente sans précédent dans l’Extrême-Orient russe et l’Arctique si elle le souhaite, ce qui symbolise la solidité de leur partenariat stratégique privilégié. Les spéculations sur une rupture entre les deux pays relèvent donc clairement de la désinformation.
2. La Russie anticipe et évite une dépendance excessive vis-à-vis de la Chine
Dans le prolongement du point précédent, la présence militaire indienne dans l’Extrême-Orient russe revêt une dimension de prestige pour New Delhi face à Pékin, même si Moscou n’autorisera évidemment aucune opération offensive depuis son territoire. Le message adressé à la Chine et au reste du monde est néanmoins clair : la Russie prend les devants pour éviter toute dépendance disproportionnée à l’égard de la Chine. Si elle était déjà un vassal chinois ou en voie de le devenir, comme certains le prétendent, elle n’autoriserait jamais un déploiement indien à proximité de la frontière chinoise.
3. D’importants investissements japonais, sud-coréens et taïwanais pourraient suivre
La « nouvelle détente » russo-américaine en cours de négociation pourrait déboucher sur un allègement progressif des sanctions après la fin des hostilités en Ukraine. Cela pourrait entraîner des investissements massifs du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan dans l’Extrême-Orient russe riche en ressources, que Moscou vient de signaler comme n’étant pas une sphère d’influence chinoise, contrairement à certaines affirmations. Sachant désormais que la Russie n’est pas un vassal de la Chine, ces acteurs pourraient être plus enclins à investir à grande échelle, accélérant ainsi le « pivot vers l’Asie » de Moscou.
4. La Russie ne laissera pas la Chine dominer l’Arctique
CNN et d’autres médias ont longtemps agité le spectre d’une domination chinoise de l’Arctique, supposée découler d’une vassalisation de la Russie, justifiant selon eux la militarisation de la région par l’OTAN. Ce scénario n’a jamais été crédible et il est désormais invalidé par RELOS, qui permet à l’Inde — un partenaire plutôt proche de l’Occident — d’y établir une présence militaire si elle le souhaite. L’Inde pourrait en effet le faire, à la fois pour des raisons de prestige (notamment vis-à-vis de la Chine) et pour se présenter comme un acteur responsable sur la route maritime du Nord.
5. L’Inde devient un partenaire énergétique privilégié de la Russie dans l’Arctique
Une grande entreprise chinoise s’est retirée du projet Arctic LNG 2 à l’été 2024 sous la pression des sanctions occidentales, ce qui a fortement déçu certains en Russie, qui attendaient davantage de fermeté de la part de Pékin. Avec la possibilité pour l’Inde d’établir une présence militaire dans l’Arctique, étendant ainsi leur partenariat stratégique à cette région, il est probable qu’elle bénéficie d’un accès prioritaire aux investissements énergétiques une fois les sanctions levées.
Ces cinq éléments montrent que la Russie ne risque pas de devenir un vassal de la Chine, pas plus que l’Inde ne risque de devenir celui des États-Unis. Au contraire, les deux pays s’appuient mutuellement pour éviter ces scénarios en renforçant leurs stratégies d’équilibre complémentaires, dont RELOS constitue ici une illustration. Ce pacte logistique militaire contribue ainsi à accélérer les dynamiques multipolaires et à réduire les chances d’un futur ordre mondial bipolaire sino-américain.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.