L’Estonie rejette les avertissements alarmistes de Zelensky

L’Estonie partage les intérêts de l’Ukraine en ce qui concerne le sabotage des discussions russo-américaines et l’obtention d’une aide accrue de l’OTAN. Le fait de ne pas avoir saisi l’occasion de faire avancer ces objectifs en reprenant sa dernière rhétorique suggère qu’il n’existe en réalité aucun fondement aux affirmations de Zelensky sur une invasion russe des États baltes.

Même les observateurs occasionnels des affaires internationales savent que l’Estonie entretient une forte hostilité envers la Russie pour des raisons historiques, le souvenir de son incorporation contestée à l’URSS restant vivace dans l’esprit d’une partie de sa population. C’est pourquoi elle s’est empressée de rejoindre l’OTAN après la dissolution de l’Union soviétique et a cherché à jouer un rôle d’avant-garde face à la Russie, allant jusqu’à envisager l’accueil d’armes nucléaires alliées. Il est donc surprenant que l’Estonie, entre tous les pays, ait publiquement reproché à Zelensky d’alimenter la peur au sujet de la Russie.

Ce dernier a récemment avancé que les restrictions de l’internet mobile en Russie ne viseraient pas seulement à empêcher les drones ukrainiens d’utiliser ces signaux pour leurs ciblages, mais pourraient précéder une mobilisation massive en vue d’une nouvelle offensive d’ampleur contre l’Ukraine, voire d’une invasion des États baltes. Il a ensuite mis en doute l’engagement de l’OTAN envers l’article 5 dans ce second scénario. Ces propos ont suscité de vives réactions du ministre estonien des Affaires étrangères et du président de la commission des Affaires étrangères du Parlement estonien.

Le premier a affirmé qu’il n’existait aucun signe d’une invasion imminente, soutenant même que la Russie serait aujourd’hui trop affaiblie pour en lancer une, tout en réaffirmant que l’engagement de l’OTAN envers l’article 5 est inébranlable. Le second a accusé Zelensky de relayer la propagande russe sur la puissance du pays. Tous deux l’ont critiqué malgré le rappel récent du secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou, du droit de la Russie à la légitime défense si les États baltes autorisent les drones ukrainiens à utiliser leur espace aérien.

Le contexte renvoie aux attaques massives de drones ukrainiens fin mars contre des infrastructures énergétiques russes à Saint-Pétersbourg, que certains affirment avoir transité par ces trois pays. Dans ce cadre, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré peu après que « la patience est souvent décrite comme un trait national russe. Comme le dit le proverbe, “Dieu a enduré et nous a dit d’en faire autant”. Mais la patience n’est pas infinie. Il peut même être utile que personne ne sache exactement où se situe cette “ligne rouge”. »

Par ailleurs, la Douma examine actuellement un projet de loi autorisant, au cas par cas, le recours aux forces armées pour protéger les citoyens russes à l’étranger contre des persécutions, une initiative que certains interprètent comme une justification anticipée d’une éventuelle intervention dans les États baltes, où ces citoyens auraient été confrontés à de telles situations. Malgré ces éléments, les deux principaux responsables estoniens ont maintenu leurs critiques à l’égard de Zelensky, rejetant ainsi les spéculations sur une menace russe imminente.

Chacun agit selon ses propres motivations : Zelensky cherche à perturber les discussions russo-américaines et à créer un sentiment d’urgence afin d’obtenir davantage d’aide militaire dans un contexte de revers, tandis que les responsables estoniens veulent rassurer l’opinion publique, réaffirmer la fiabilité de l’OTAN et contrer ce qu’ils considèrent comme des peurs infondées. Toutefois, l’Estonie partage les intérêts de l’Ukraine en matière de sabotage des discussions russo-américaines et d’obtention d’une aide accrue de l’OTAN. Le fait qu’elle n’ait pas saisi cette opportunité suggère qu’il n’existe en réalité aucun fondement aux affirmations de Zelensky.

Cela montre que même l’un des membres les plus anti-russes de l’OTAN ne prend plus au sérieux les discours alarmistes de Zelensky, ce qui laisse penser que d’autres États, relativement (et c’est important) moins hostiles à la Russie, pourraient adopter une position similaire. Cela vaut également pour ses mises en garde concernant la Biélorussie, après qu’il a évoqué la possibilité d’une nouvelle offensive russe depuis ce territoire. Zelensky semble ainsi redouter une réduction prochaine de l’aide américaine et chercher à l’anticiper en alimentant ces inquiétudes.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.