Branko Pavlović, homme politique et avocat serbe, président du groupe parlementaire MI – Glas iz naroda (« Nous – La Voix du peuple ») à l’Assemblée nationale de Serbie, a livré une analyse très critique de la politique menée par Belgrade à l’égard de l’Ukraine et de la Russie. Il s’est exprimé dans l’émission « Dobro jutro » de l’agence Tanjug, à l’occasion de la visite de Volodymyr Zelensky en Serbie.
Pavlović considère que la Serbie devrait adopter une position plus ferme et plus cohérente sur la scène internationale. Selon lui, un petit État comme la Serbie ne dispose pas de la même liberté d’action que les grandes puissances et doit donc, davantage encore, défendre une ligne politique qu’il juge fondée sur des principes.
Il critique notamment l’accueil officiel réservé au président ukrainien. Il estime que le niveau du protocole mis en place à cette occasion pourrait, selon lui, rester dans l’histoire serbe comme un épisode humiliant pour le pays. Pavlović affirme que sa critique de Volodymyr Zelensky ne découle pas simplement de son soutien à la Russie ou de son opposition à certaines orientations de l’Union européenne : il accuse également le président ukrainien et les autorités de Kiev de proximité avec l’extrême droite nationaliste ukrainienne.
Pavlović établit un parallèle avec les Balkans
Une partie importante de son raisonnement repose sur un parallèle entre les conflits en ex-Yougoslavie et la guerre en Ukraine.
Pavlović évoque notamment l’opération « Tempête » (Oluja), lancée par les forces croates en août 1995 et qui avait provoqué l’exode d’une grande partie de la population serbe de Croatie. Il rapproche cet épisode de la situation dans le Donbass et estime qu’il existe une continuité entre certaines politiques menées dans les Balkans dans les années 1990 et les événements survenus ultérieurement en Ukraine.
Il met également en avant la place accordée à certaines figures controversées du nationalisme ukrainien, notamment Stepan Bandera. Il compare cette situation à la mémoire d’Ante Pavelić et du mouvement oustachi dans les Balkans.
La qualification d’« agression » remise en question
L’un des principaux arguments développés par Pavlović concerne la position officielle de la Serbie sur la guerre en Ukraine.
Belgrade considère l’intervention militaire russe en Ukraine comme une agression. Pavlović estime pour sa part que cette qualification est trop générale : selon lui, toute violation de la souveraineté d’un État ne constitue pas nécessairement, dans toutes les circonstances, une agression au regard du droit international.
Il propose alors une expérience de pensée directement liée à l’histoire récente de la Serbie.
« Imaginez que la Serbie ait eu la force de l’armée russe et qu’elle soit entrée militairement en Croatie le 3 août 1995 pour empêcher l’opération Tempête, prévue le lendemain. Dirions-nous qu’il s’agissait d’une agression ? »
Son raisonnement consiste donc à mettre en parallèle deux situations dans lesquelles une intervention militaire aurait, selon lui, pu être présentée comme destinée à empêcher une opération contre une population donnée. Il en conclut qu’il faut, à ses yeux, distinguer la violation de la souveraineté d’un État de la qualification juridique d’« agression ».
Une vision très critique de l’Occident
Pavlović élargit ensuite son analyse à la géopolitique mondiale. Il considère que la guerre en Ukraine s’inscrit dans une confrontation plus vaste entre, d’une part, les puissances occidentales et, d’autre part, la Russie et la Chine.
Selon lui, les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni chercheraient à conserver une position dominante dans les affaires internationales, tandis que la Russie et la Chine participeraient à une remise en cause de cet ordre.
Il estime donc que la Serbie ne devrait pas chercher à se rapprocher indistinctement de toutes les puissances, mais conserver une certaine distance à l’égard de ce qu’il qualifie de « puissances impériales », tout en développant sa coopération avec les pays qui contestent leur domination.
Pavlović affirme également que l’objectif occidental serait d’obtenir une défaite stratégique de la Russie et d’affaiblir parallèlement la Chine. À ses yeux, une telle évolution aurait des conséquences majeures pour l’équilibre mondial et pour la Serbie elle-même.
La Russie n’est pas une puissance impériale
Interrogé sur la Russie et sur son rôle en Géorgie, en Ossétie du Sud et en Transnistrie, Pavlović rejette l’idée selon laquelle Moscou poursuivrait une politique impériale comparable à celle qu’il attribue aux puissances occidentales.
Il rappelle notamment que, lors de la guerre russo-géorgienne de 2008, les forces géorgiennes avaient lancé les premières attaques contre l’Ossétie du Sud. Il estime que si la Russie avait véritablement eu l’intention de conquérir la Géorgie, elle aurait occupé l’ensemble du pays.
Cette interprétation lui permet de défendre l’idée que Moscou agit principalement pour protéger ses intérêts et les populations qu’il considère comme menacées.
Les relations de la Serbie avec l’Ukraine
Pavlović conteste également l’argument selon lequel l’Ukraine n’aurait jamais pris de mesures hostiles à l’égard des Serbes.
Il affirme que des Serbes opposés aux autorités de Kiev auraient vu leurs biens confisqués et auraient été contraints de quitter le pays. Il évoque également des discussions qu’il dit avoir eues avec des parlementaires grecs, hongrois, roumains et slovaques au sujet de leurs minorités nationales en Ukraine. Selon lui, ces responsables politiques lui auraient fait part de pressions exercées sur leurs communautés.
Deux scénarios pour l’avenir de l’Ukraine
Dans la dernière partie de l’entretien, Pavlović porte un jugement particulièrement sombre sur l’avenir de l’Ukraine. Il décrit les autorités de Kiev comme un régime qu’il considère comme extrêmement dangereux et affirme que celui-ci exercerait une politique répressive non seulement à l’encontre des Russes, mais également d’autres minorités.
Il se montre néanmoins convaincu que l’Ukraine ne pourra pas sortir durablement de la crise en maintenant une relation hostile avec la Russie.
Il envisage finalement deux possibilités pour l’avenir du pays : soit l’Ukraine cesse d’exister en tant qu’État sous sa forme actuelle, soit une partie du pays continue d’exister mais doit, selon lui, entretenir des relations amicales avec la Fédération de Russie.
Source Факти