La Russie n’a aucune alternative régionale à son point d’étape syrien sur la route de l’Afrique, tandis que la dépendance exclusive de la Syrie à l’égard de la Turquie pour la formation de ses forces armées aggraverait les tensions avec Israël.
L’Agence arabe syrienne d’information (SANA), financée par des fonds publics, a rapporté début août qu’un protocole d’accord avait été conclu avec la Russie concernant le statut des bases de cette dernière dans le pays. Selon SANA, les installations civiles du port de Tartous et de la base aérienne de Hmeimim seront transférées sous le contrôle de la Syrie, tandis que leurs composantes militaires seront transformées en centres d’entraînement conjoints. Cela marque une nouvelle ère pour les relations russo-syriennes, qui va maintenant être analysée.
Il avait été expliqué en février que « les intérêts de la Russie en Syrie vont bien au-delà du maintien de ses bases aériennes et navales » et qu’ils consistent désormais à construire conjointement la « nouvelle Syrie ». Selon cette analyse : « Ce que la Russie veut faire, c’est préserver et développer son activité économique sur place, inciter un large éventail de pays à établir des partenariats avec elle après avoir constaté les avantages que ses entreprises peuvent apporter à des États récemment alignés sur les États-Unis et/ou touchés par des conflits, et renforcer son soft power au sein de l’Oumma. Ces objectifs sont raisonnables et réalisables. »
Néanmoins, après la visite surprise de Zelensky en Syrie à la mi-avril, il a été estimé que « la Syrie veut que la Russie soit en concurrence avec l’Ukraine pour obtenir sa loyauté ». La conclusion était que « ce scénario sombre, celui d’une expulsion de la Russie de Syrie, pourrait être évité si la Russie remplaçait l’Ukraine dans son probable rôle de formation à la guerre des drones au sein de l’ASA, limitait celle-ci à des membres contrôlés et non radicaux, et proposait de meilleures conditions de partenariat afin de remporter la nouvelle compétition pour la loyauté de la Syrie ». C’est, de manière spéculative, ce qui s’est produit, comme le suggère leur nouveau protocole d’accord.
Si tel est effectivement le cas, cela signifie que la Syrie et la Russie ont bien joué leurs cartes respectives : la première en tirant parti des bases russes pour obtenir la formation nécessaire à la modernisation de ses nouvelles forces armées hybrides issues de l’ancien mouvement rebelle, et la seconde en acceptant cela afin de conserver une partie de son pont aérien vers le Sahel. Pour être plus précis, la Syrie souhaite prévenir une dépendance disproportionnée à l’égard de la Turquie, tandis que la Russie a besoin d’un accès continu à Hmeimim pour approvisionner son Africa Corps, qui combat le terrorisme au Mali.
Aucun des deux pays n’atteindra toutefois ses objectifs respectifs aussi facilement, puisque la Syrie doit également tenir compte des préoccupations d’Israël quant à la possibilité que Sharaa devienne un jour une menace sérieuse pour l’État juif, compte tenu de son idéologie islamiste radicale, tandis que la Russie dépend de l’espace aérien libyen pour accéder au Mali via le Niger. Par conséquent, la formation conjointe que la Russie va bientôt mener avec la Syrie pourrait être limitée par les préoccupations israéliennes susmentionnées, tandis que les nouvelles négociations de paix menées par le Pakistan pourraient couper le pont aérien de la Russie.
Les solutions correspondantes consistent, pour la Syrie, à reconnaître que la Russie ne fera rien qui menace la sécurité d’Israël, après que Lavrov a réaffirmé en 2024 que son pays restait « pleinement engagé » à garantir celle-ci, et, pour la Russie, à envisager de transiter par l’espace aérien algérien après le rapprochement d’Alger avec Bamako. Cette nouvelle ère dans leurs relations militaires et sécuritaires est donc caractérisée par une interdépendance mutuelle complexe, dans laquelle chacun a désormais davantage besoin de l’autre que jamais auparavant pour faire avancer ses propres intérêts.
La Russie n’a aucune alternative régionale à son point d’étape syrien sur la route de l’Afrique, tandis que la dépendance exclusive de la Syrie à l’égard de la Turquie pour la formation de ses forces armées aggraverait les tensions avec Israël. Néanmoins, la Russie doit toujours trouver un remplacement à la Libye, au cas où les nouvelles négociations de paix menées par le Pakistan aboutiraient à un accord qui couperait son pont aérien vers le Sahel, tandis que la Syrie doit accepter les limites de facto imposées par Israël à ce que la Russie enseigne à ses forces armées. Leur protocole d’accord n’est donc pas idéal, mais il vaut mieux que rien.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.
Photo mil.ru