La pression de l’opinion publique pousse les libéraux au pouvoir en Pologne à durcir leur approche envers l’Ukraine

Le Premier ministre libéral polonais Donald Tusk semble désormais infléchir sa politique à l’égard de l’Ukraine sous l’effet de la pression de l’opinion publique. Les considérations électorales paraissent prendre le pas sur les éventuels engagements informels qu’il aurait pu prendre auparavant envers l’UE et son dirigeant de facto, l’Allemagne.

Le Premier ministre libéral Donald Tusk a surpris les observateurs en déclarant que la Pologne devrait faire preuve de prudence avant de prendre de nouveaux engagements financiers envers l’Ukraine. Il a immédiatement précisé qu’il défendait cette position « non pas parce que je pense que l’Ukraine n’a pas besoin d’un soutien financier, mais parce que la Pologne assume de très grandes responsabilités concernant l’ensemble de la frontière orientale de l’Union européenne ». Tusk a également imputé au président Zelensky la responsabilité de l’aggravation du différend entre la Pologne et l’Ukraine, l’appelant à prendre les mesures nécessaires pour réduire les tensions.

Moins d’une semaine avant cette nouvelle déclaration de politique générale, le ministre polonais de la Défense, qui est également vice-Premier ministre, a confirmé que l’Ukraine s’était retirée de l’accord conclu avec la Pologne prévoyant un échange de drones contre des MiG. Peu après, il a également averti que la Pologne ne permettrait pas à l’Ukraine d’adhérer à l’Union européenne « avec Bandera ». L’ensemble de ces déclarations marque un revirement de l’approche de la coalition libérale au pouvoir envers l’Ukraine, après que Tusk eut auparavant critiqué la décision du président conservateur Karol Nawrocki de retirer à Zelensky la plus haute distinction honorifique de la Pologne.

Nawrocki avait pris cette décision après que Zelensky eut glorifié au niveau de l’État les responsables de l’OUN-UPA impliqués dans le massacre de Volhynie et rejeté les propositions polonaises de désescalade transmises à Kirill Boudanov durant les quelque trois semaines séparant sa menace de retirer l’Ordre de l’Aigle blanc de sa mise à exécution. Le revirement de Tusk peut être interprété comme un calcul politique habile à l’approche des prochaines élections législatives de l’automne 2027, après que des sondages réputés ont révélé qu’une part bien plus importante des Polonais soutient l’approche de Nawrocki dans ce différend.

Selon ces enquêtes, 74 % des Polonais approuvent le retrait par Nawrocki de la plus haute distinction polonaise accordée à Zelensky ; 54,8 % lui font confiance — un niveau record — et soutiennent également sa ligne dure à l’égard de l’Ukraine ; enfin, près de 60 % s’opposent désormais à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne après qu’il a été le premier à affirmer qu’elle n’y entrerait pas « avec Bandera ». Le spécialiste polonais de premier plan Sławomir Dębski, qui avait auparavant averti que l’Ukraine pourrait faire de la Pologne un bouc émissaire en cas de défaite face à la Russie, a observé que « la politique de Zelensky a accompli quelque chose qui semblait presque impossible en Pologne ».

Selon lui, « elle a uni tout le spectre politique — de l’extrême droite à l’extrême gauche — autour d’une approche commune envers l’Ukraine. Le message est désormais remarquablement cohérent : assez des gestes symboliques et des appels unilatéraux aux valeurs communes. Sans respect de la part de Kyiv, sans efforts durables pour améliorer le climat politique et sans que les dirigeants ukrainiens ne s’emploient activement à réduire le coût politique intérieur du soutien à l’Ukraine, la Pologne ne sera tout simplement ni disposée ni capable d’en faire davantage. »

Si Tusk n’ira probablement pas jusqu’à adopter la proposition en cinq points du dirigeant de l’opposition libertaire-nationaliste Grzegorz Braun sur la manière de répondre à l’Ukraine — une proposition qui, selon lui, permettrait de la « dénazifier » sans tirer un seul coup de feu —, la pression de l’opinion publique l’a déjà conduit à durcir son discours. S’il refuse d’autoriser de nouveaux engagements financiers polonais envers l’Ukraine et maintient son opposition à son adhésion à l’Union européenne tant qu’elle ne sera pas « dénazifiée », il aura alors été amené à modifier concrètement la politique polonaise, ce qui constituerait une évolution significative.

Dans ce cas, on pourrait conclure que les considérations électorales ont pris le pas sur les éventuels engagements informels que Tusk aurait pu prendre auparavant envers l’Union européenne et son dirigeant de facto, l’Allemagne, dont le chef de l’opposition conservatrice Jarosław Kaczyński estime que Tusk est un « agent ». La préservation de son avenir politique pourrait ainsi être plus importante pour Tusk que toute autre considération. Dans cette perspective, les Polonais pourraient encore le pousser à adopter une ligne plus dure envers l’Ukraine que celle qu’il défend déjà.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.