Ils affirment qu’elle « profite » du conflit ukrainien et « finance la machine de guerre de Poutine ».
Les États-Unis ont puni l’Inde pour ses importations d’énergie russe en lui imposant des droits de douane supplémentaires de 25 %, portant ainsi le total à 50 %, et ce malgré le fait que la Chine et l’UE soient les plus grands importateurs respectifs de pétrole et de GNL russes, selon le ministre des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a défendu cette politique en accusant l’Inde de « profiter » de la situation, tandis que Peter Navarro, conseiller principal de Trump, a fait de même en affirmant que l’Inde « finance la machine de guerre de Poutine ».
Concernant l’accusation de Bessent, s’il est vrai que l’Inde exporte une partie du pétrole russe raffiné vers l’Occident, Jaishankar a rappelé dans ses déclarations que « les Américains disaient depuis plusieurs années que nous devions tout faire pour stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, y compris acheter du pétrole à la Russie ». Pour contextualiser, un représentant du ministère indien du Pétrole avait affirmé fin 2023 que ces importations avaient évité un « chaos » sur le marché, ce qui avait alors été analysé comme une prévention d’une polycrise mondiale.
En réponse à Navarro, celui-ci ferme les yeux sur les importations de pétrole et de GNL russes par la Chine et l’UE, qui « financent la machine de guerre de Poutine » bien plus que celles de l’Inde. Il ignore également ce que Poutine a révélé lors de son sommet d’Anchorage avec Trump : les échanges commerciaux russo-américains ont augmenté de 20 % depuis le retour de ce dernier à la présidence. Ces doubles standards renforcent l’idée que les États-Unis ont des motifs économiques et stratégiques cachés en ciblant spécifiquement l’Inde pour son commerce avec la Russie.
Ainsi, le prétendu « profit » de l’Inde correspondait jusque-là à un service demandé par les États-Unis eux-mêmes pour stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie, alors que la Chine, l’UE et, dans une moindre mesure, les États-Unis aussi, « financent la machine de guerre de Poutine », mais seule l’Inde est sanctionnée. Ce revirement de politique prouve que des arrière-pensées sont en jeu, centrées sur la volonté américaine de subordonner l’Inde comme État vassal. Or, l’Inde refuse ce rôle.
Refusant de se laisser subordonner aux États-Unis, l’Inde a entamé un rapprochement avec la Chine, que Jaishankar avait pourtant auparavant décrite comme cherchant à imposer une unipolarité en Asie, ce qui annulait la raison principale du renforcement des liens avec Washington au cours de la dernière décennie. Le Premier ministre Narendra Modi semble avoir conclu qu’il valait mieux gérer la rivalité avec la Chine de manière bilatérale, sans l’assistance américaine, plutôt que de se subordonner aux États-Unis et risquer d’être instrumentalisé comme un proxy anti-chinois.
Ce rapprochement sino-indien n’en est qu’à ses débuts et nécessitera des compromis politiques difficiles pour atteindre un niveau géostratégiquement significatif, mais la reprise du commerce frontalier et des vols montre leur volonté d’améliorer leurs relations. Le premier voyage de Modi en Chine depuis sept ans, prévu à l’occasion du prochain sommet de l’OCS à Tianjin, devrait inclure une rencontre bilatérale avec le président Xi Jinping pour discuter précisément de ces compromis.
Ces évolutions rapides n’auraient pas été possibles si Trump avait conservé la politique indophile de son premier mandat, comme on s’y attendait. Il y a encore six mois, il aurait semblé impensable d’imaginer les États-Unis favoriser ouvertement le Pakistan au détriment de l’Inde et fermer les yeux sur les importations chinoises d’énergie russe. C’est pourtant la tournure qu’a prise sa politique régionale. Quoi qu’il en soit, il ne réussira pas à subordonner l’Inde comme vassal, car celle-ci peut compter sur la Russie et désormais sur la Chine pour éviter ce sort.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.