La Pologne tombe rapidement en disgrâce auprès des États-Unis

Le leader conservateur de l’opposition est convaincu que Tusk est en train de détruire les relations polono-américaines à la demande de l’Allemagne.

Peu de pays ont vu leur position auprès des États-Unis se détériorer aussi rapidement que celle de la Pologne ces derniers jours. Elle est passée du statut « d’allié modèle » des États-Unis — selon les propos du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth il y a un an — à une situation où l’ambassadeur américain en Pologne, Tom Rose, déclarait la semaine dernière que « nous aussi nous nous demandons si nos alliés sont aussi loyaux envers nous qu’ils attendent que nous le soyons envers eux ». Il s’agissait de la conclusion de son long message en réponse au Premier ministre libéral polonais Donald Tusk, qui avait mis en doute la loyauté de Trump 2.0 envers l’OTAN dans une interview accordée au Financial Times.

Il a été estimé en conséquence que « Tusk est déterminé à faire passer la Pologne du camp américain à celui franco-allemand ». Le leader conservateur de l’opposition, Jarosław Kaczyński, a réagi sur X en déclarant : « Une fois de plus, Tusk s’est laissé piéger et a exécuté des ordres venus de Berlin, en attaquant les Américains… Tusk est en train de détruire les relations polono-américaines, tandis que dans le même temps l’Allemagne renforce sa coopération avec les Américains autour du concept d’OTAN 3.0. »

Il a conclu : « Tusk s’est encore fait manipuler. Sommes-nous gouvernés par des agents ou par des personnes que Dieu a privées de toute capacité politique ? » La mention par Kaczyński « d’ordres venus de Berlin » et son interrogation sur le fait de savoir si la Pologne est « gouvernée par des agents » renvoient à ses propos adressés à Tusk fin décembre 2023 : « Je sais une chose, vous êtes un agent allemand. Tout simplement un agent allemand. » Cela fait référence à l’idée selon laquelle Tusk a régulièrement défendu les intérêts allemands tout au long de sa carrière.

Pendant ce temps, la référence à l’Allemagne concerne les éloges formulés par le sous-secrétaire à la Guerre Elbridge Colby dans une série de messages, dont l’un affirmait que « l’Allemagne assume un niveau de responsabilité historiquement sans précédent pour l’Europe ». Le contexte est celui du réarmement à grande échelle de l’Allemagne, analysé ici comme faisant partie d’une compétition amicale avec la Pologne pour diriger l’endiguement de la Russie. Après avoir inutilement offensé Trump, il semble toutefois que la Pologne soit en train de se subordonner de nouveau à l’Allemagne.

Les États-Unis ne sont plus considérés comme un contrepoids à l’Allemagne, ni même comme le principal partenaire de sécurité de la Pologne, la France occupant désormais ce rôle grâce à leurs nouveaux exercices nucléaires réguliers annoncés, visant la Russie et le Bélarus. À ce sujet, le président Emmanuel Macron a déclaré aux médias à la fin de la semaine dernière que les présidents américain, russe et chinois « sont totalement opposés aux Européens », suggérant ainsi qu’il partageait des opinions similaires à celles de Tusk lors de leur rencontre à Gdańsk quelques jours auparavant.

Il ne serait donc pas exagéré de spéculer que Tusk est effectivement en train de « détruire les relations polono-américaines », comme l’affirme Kaczyński, mais en raison d’une combinaison d’influences allemande et française, et non pas uniquement allemande comme il le suppose. L’ancien chef du Bureau de la sécurité nationale, Sławomir Cenckiewicz, a affirmé la semaine dernière que « une caractéristique du gouvernement de Tusk est un anti-atlantisme et un anti-américanisme francs », ce que ces deux pays exploiteraient désormais pour atteindre cet objectif.

Le rival de Tusk, le président Karol Nawrocki, entretient toujours de bonnes relations avec Trump et est allié aux conservateurs pro-américains de Kaczyński. Néanmoins, cela pourrait ne pas suffire à empêcher Tusk de faire basculer la Pologne du camp américain vers celui franco-allemand après que Trump 2.0 a manifesté son mécontentement à l’égard de la Pologne, comme l’a montré le message de l’ambassadeur américain. Certes, rien de concret ne s’est encore produit pour ruiner leurs relations, mais Trump pourrait franchir le pas si Tusk continue de l’offenser, comme l’Allemagne et la France semblent sans doute le souhaiter.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.