Les acheteurs de pétrole russe seraient contraints, sous la menace de sanctions, d’abandonner leurs achats ou d’accroître leur soutien à l’Ukraine si ce projet de loi est adopté.
Le faucon anti-russe Michael McCaul a annoncé début février l’introduction à la Chambre des représentants du projet de loi bipartite intitulé « Decreasing Russian Oil Profits » (DROP) Act, qui avait déjà été présenté au Sénat en décembre dernier. S’il est adopté, Donald Trump aurait le pouvoir d’imposer des sanctions ciblées contre toute personne achetant, important ou facilitant l’exportation de pétrole russe, avec des exceptions possibles uniquement sous trois conditions.
La première est que les fonds dus à la Russie pour ces achats soient crédités sur un compte dans le pays de l’acheteur et ne puissent être utilisés que « pour faciliter des transactions portant sur des produits agricoles, de la nourriture, des médicaments ou des dispositifs médicaux », tandis que le gouvernement concerné devrait s’engager à réduire significativement ses achats de pétrole russe. La deuxième est que ces fonds soient utilisés soit pour armer soit pour reconstruire l’Ukraine, tandis que la troisième condition exige que le gouvernement du pays concerné fournisse un soutien économique ou militaire significatif à l’Ukraine.
Les deux premières conditions sont inacceptables pour la Russie, mais la troisième ne l’est pas nécessairement, puisque Moscou vend déjà du pétrole à des pays qui soutiennent largement l’Ukraine. Cette condition — fournir un soutien économique et militaire significatif à Kiev, une distinction arbitraire puisqu’aucun seuil minimum n’est précisé — pourrait entraîner un afflux supplémentaire d’armes et de financements vers l’Ukraine. Cela pourrait à son tour entraver la réalisation des objectifs russes et prolonger le conflit, à moins que Moscou ne fasse des concessions.
C’est précisément l’objectif du DROP Act : ses auteurs envisagent que les États-Unis réussissent à contraindre les clients pétroliers restants de la Russie dans le monde à remplacer leurs importations par celles d’autres fournisseurs (la Russie n’accepterait probablement pas les deux premières conditions) ou à accroître leur soutien à l’Ukraine. Cela en ferait une arme sans précédent de guerre financière, qui pourrait également être combinée à des droits de douane punitifs de type indien si des contournements juridiques étaient trouvés, ce qui augmenterait probablement le nombre d’acteurs se conformant à ces exigences.
Les seuls véritables limites de cette politique tiennent aux facteurs de marché : l’exposition des personnes ou pays visés au marché financier américain — ce qui les rend vulnérables aux sanctions prévues par le DROP Act — et la capacité du marché pétrolier à remplacer les exportations russes perdues. Ainsi, même si la plupart des clients pétroliers restants de la Russie sont exposés au système financier américain, il pourrait ne pas y avoir suffisamment de pétrole disponible pour remplacer leurs importations, ce qui pourrait les conduire à accroître leur soutien à l’Ukraine plutôt qu’à abandonner la Russie.
C’est le scénario le plus probable dans un contexte de hausse des prix du pétrole provoquée par la troisième guerre du Golfe et par la flexibilité dont font preuve les États-Unis en suspendant temporairement leurs sanctions sur les importations indiennes de pétrole russe — principale cible de cette guerre financière jusqu’à présent — afin de préserver la viabilité du marché de leur partenaire. Le donnant-donnant pour d’autres partenaires commerciaux majeurs pourrait être l’engagement d’allouer une partie des fonds à l’armement de l’Ukraine ou à sa reconstruction une fois la crise pétrolière passée et lorsque cela deviendra plus facile à assumer.
Quoi qu’il en soit, qu’ils abandonnent la Russie ou qu’ils renforcent leur soutien à l’Ukraine, le DROP Act est conçu pour créer des difficultés à Moscou. Celles-ci pourraient ne pas se matérialiser comme prévu, voire ne pas avoir d’effet significatif, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un texte législatif extrêmement hostile. L’utilisation par une éventuelle seconde administration Trump de cette arme sans précédent de guerre financière contre la Russie — si le texte est adopté, ce qui n’est pas garanti — pourrait compliquer davantage les relations avec Moscou et potentiellement ruiner leur rapprochement naissant.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.