L’équilibrisme géostratégique de l’Indonésie inspirera le Sud global

Prabowo et son équipe font un excellent travail en maintenant un équilibre entre les principaux acteurs de la transition systémique mondiale tout en gardant, ce qui est crucial, l’Indonésie à l’écart des intrigues de la nouvelle guerre froide.

Le monde est au milieu d’une transition systémique mondiale passant de l’unipolarité occidentale à une multipolarité non occidentale. La domination occidentale sur l’ordre mondial touche à sa fin et est progressivement remplacée par l’obtention, par les pays non occidentaux, d’un rôle enfin plus égalitaire au sein de celui-ci. Les États-Unis sont de loin le pays occidental le plus puissant, tandis que la Chine est de loin le pays non occidental le plus puissant, et la concurrence entre leurs modèles respectifs, unipolaire et multipolaire, peut être décrite comme la nouvelle guerre froide.

L’Indonésie a un rôle unique à jouer à la fois dans la transition systémique mondiale et dans la nouvelle guerre froide. En tant que quatrième pays le plus peuplé du monde, il est depuis longtemps temps que l’Indonésie joue un rôle plus important dans les affaires mondiales. Cela a jusqu’à présent pris la forme de son adhésion au G20 et, plus récemment, aux BRICS. Ces deux organisations sont axées sur la coopération économique et financière. L’adhésion de l’Indonésie à celles-ci facilitera donc ses efforts visant à développer le commerce et les investissements aussi bien avec l’Occident qu’avec le monde non occidental.

À ce sujet, l’Indonésie est située à cheval sur les océans Indien et Pacifique, ce qui confère au pays un avantage unique en raison de sa position au centre de la croissance économique mondiale contemporaine. Grâce à son appartenance à l’ASEAN, l’Indonésie fait désormais partie de zones de libre-échange avec d’autres puissances asiatiques que sont la Chine, le Japon, l’Inde et la Corée du Sud. Elle a également récemment conclu un accord commercial avec les États-Unis qui comprend notamment une coopération dans le domaine des minerais critiques. Non seulement cela, mais un accord de sécurité vient également d’être conclu.

Leur « partenariat majeur de coopération en matière de défense » consolide le statut de l’Indonésie en tant que partenaire sécuritaire clé des États-Unis dans l’Indo-Pacifique. Bien que l’Indonésie ait rejeté l’idée d’imiter la brève politique iranienne de péage dans le détroit d’Hormuz en l’appliquant au détroit de Malacca, elle pourrait, avec les États-Unis, préparer de tels plans de contingence en cas de crise. Les deux pays envisageraient également un accord accordant aux États-Unis des droits de survol gratuits au-dessus du territoire indonésien. Quoi qu’il en soit, il serait erroné de décrire l’Indonésie comme étant opposée à la Chine, car elle cherche en réalité simplement à équilibrer son influence.

Pour l’expliquer brièvement, aucun pays ne souhaite devenir excessivement dépendant d’un autre, comme certains pays d’Asie du Sud-Est craignent que cela puisse caractériser à l’avenir leurs relations avec la Chine en raison de leurs déséquilibres commerciaux. C’est pourquoi l’Indonésie s’appuie désormais activement sur les États-Unis comme contrepoids. L’esprit de non-alignement de la célèbre conférence de Bandung s’épanouit dans l’Indonésie d’aujourd’hui et prend la forme d’un multi-alignement inspiré de l’Inde entre les grandes puissances aux fins susmentionnées. La Russie joue également un rôle dans cette approche.

Le président Prabowo Subianto se trouvait à Moscou pour discuter de coopération énergétique le jour même où son ministre de la Défense était à Washington afin d’annoncer le nouvel accord de sécurité de l’Indonésie avec les États-Unis. Cela a donné un aperçu de l’équilibrisme qu’il envisage : la Russie contribue à alimenter l’économie, les États-Unis contribuent à renforcer la sécurité, ces derniers ainsi que les puissances asiatiques mentionnées précédemment sont les principaux partenaires commerciaux de l’Indonésie, le Japon et la Corée du Sud aident à réduire la dépendance technologique vis-à-vis de la Chine, et il existera toujours des liens civilisationnels particuliers avec l’Inde.

Prabowo et son équipe font un excellent travail en maintenant un équilibre entre ces acteurs majeurs de la transition systémique mondiale tout en gardant, ce qui est crucial, l’Indonésie à l’écart des intrigues de la nouvelle guerre froide. Bien que son nouvel accord de sécurité avec les États-Unis serve effectivement à équilibrer l’influence chinoise, il n’est pas dirigé contre la Chine et cet arrangement ne menace pas celle-ci. Les liens commerciaux et d’investissement avec la Chine demeurent également solides. Ce que l’Indonésie a donc fait, c’est montrer au Sud global comment équilibrer de la manière la plus efficace les relations entre la Chine et les États-Unis.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.