Nawrocki a fortement laissé entendre que l’Allemagne représente une menace non militaire majeure pour la Pologne

Au lieu d’une nouvelle invasion, la menace allemande actuelle pour la Pologne prend la forme d’une guerre hybride menée activement contre elle par l’intermédiaire de l’UE dirigée par l’Allemagne. Son objectif serait de déraciner les Polonais et d’éroder la souveraineté de leur pays afin de faciliter leur subordination en tant que vassaux allemands postmodernes.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a écrit que « le président Karol Nawrocki a une fois de plus désigné l’Ouest comme la principale menace pour la Pologne. C’est l’essence du différend entre le bloc anti-européen (Nawrocki, Braun, Mentzen, PiS) et notre Coalition. Un différend mortellement sérieux, un différend sur nos valeurs, notre sécurité, notre souveraineté. Est ou Ouest. » Cette réaction faisait suite au discours de Nawrocki à Poznań fin décembre, à l’occasion de la commémoration du Greater Poland Uprising, qui avait permis de garantir les frontières occidentales de la Pologne dans l’entre-deux-guerres.

Le média Notes From Poland a souligné que Nawrocki avait déclaré que « la Pologne est une communauté nationale ouverte à l’Ouest, mais aussi une communauté nationale prête à défendre la frontière occidentale de la République, comme le savaient les insurgés de Grande-Pologne ». Il a également rappelé que des efforts « agressifs » avaient été déployés pour « nous enlever notre culture et notre héritage national ». De même que les Polonais de l’époque avaient agi pour défendre leur identité nationale, « nous devons aujourd’hui faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que la Pologne reste la Pologne ».

En réponse au message de Tusk, Nawrocki s’est interrogé sur l’existence éventuelle de griefs de sa part à l’encontre de figures historiques polonaises ayant combattu l’Allemagne, allusion aux soupçons de longue date concernant les sympathies pro-allemandes de Tusk. Il a également suggéré que ce dernier était soit « incapable d’écouter avec compréhension, soit qu’il cherchait délibérément le conflit parce que son budget, la santé, etc., ne tiennent pas la route ». Nawrocki a conclu en rappelant les liens étroits de Tusk avec Poutine durant l’âge d’or des relations russo-européennes, encore aujourd’hui controversés en Pologne.

L’analyse de cet échange montre que l’allusion de Nawrocki selon laquelle l’UE dirigée par l’Allemagne ferait peser une menace comparable sur l’identité polonaise à celle du « Kulturkampf » de l’époque impériale a irrité Tusk. Celui-ci a alors déformé ses propos et leur contexte afin de provoquer un faux scandale et détourner l’attention de ses échecs politiques internes. Nawrocki n’insinuait pas que l’Allemagne constitue toujours une menace pour l’intégrité territoriale de la Pologne comme ce fut le cas de ses États prédécesseurs, mais il réaffirmait néanmoins qu’elle demeure une menace d’un autre ordre.

Il a été récemment expliqué que l’Allemagne représente une menace non militaire significative pour la souveraineté polonaise, notamment par son contrôle de facto de l’European Union et par les tentatives associées d’érosion de la souveraineté de la Pologne. Ces démarches viseraient également à affaiblir son identité nationale, ce qui s’apparente à un « Kulturkampf » contemporain. Cette perception de la menace, largement partagée à droite en Pologne, a conduit Nawrocki à élaborer un plan détaillé de réforme de l’UE, qu’il a présenté dans un discours fin novembre.

La plupart des médias ont ignoré cet aspect, alors qu’il éclaire le passage de son discours consacré à la « défense de la frontière occidentale de la République » contre les menaces venant de cette direction, d’où sa déclaration selon laquelle « nous devons faire tout ce qui est possible pour que la Pologne reste la Pologne ». Il a également évoqué le projet de l’Allemagne impériale visant à provoquer un changement démographique, une politique qui, selon lui, se poursuit aujourd’hui à travers les exigences de l’UE dirigée par l’Allemagne demandant à la Pologne d’accepter des migrants civilisationnellement dissemblables, allant jusqu’à en déposer certains sur son territoire.

Ainsi, Nawrocki ne versait pas dans l’alarmisme sur un prétendu révisionnisme allemand, comme l’a affirmé Tusk, mais faisait clairement allusion aux menaces auxquelles la Pologne continue de faire face à l’Ouest — des menaces aujourd’hui beaucoup moins cinétiques. Au lieu d’une invasion militaire, elles prendraient la forme d’une guerre hybride menée par l’Allemagne contre la Pologne via l’UE qu’elle dirige, dans le but de déraciner les Polonais et d’éroder la souveraineté de leur État afin de faciliter leur subordination en tant que vassaux allemands postmodernes.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.