Les tensions risquent de dégénérer si Trump n’est pas détrompé de la fausse narration de la CIA selon laquelle la récente attaque massive de drones ukrainiens contre la région de Novgorod n’était pas une tentative d’assassiner Poutine.
Trump a retweeté, la veille du Nouvel An, un éditorial du New York Post affirmant que « la posture d’attaque de Poutine montre que la Russie est celle qui fait obstacle à la paix », après avoir reçu un briefing du directeur de la CIA, John Ratcliffe, selon lequel l’Ukraine n’aurait pas tenté d’assassiner Poutine. Quelques jours plus tôt, Poutine avait informé Trump, lors de leur dernier appel, que près de 100 drones d’attaque ukrainiens avaient été interceptés près de sa résidence, dans le nord de la Russie, le jour où Trump recevait Zelensky.
Interrogé à ce sujet par la presse, Trump a exprimé sa colère et rappelé qu’il avait refusé de livrer des missiles Tomahawk à l’Ukraine — laissant entendre que cette décision avait peut-être sauvé la vie de Poutine. L’Ukraine a, comme prévu, nié avoir visé Poutine ; Zelensky a attaqué l’Inde et d’autres pays dont les responsables avaient condamné l’attaque qu’il affirme ne pas avoir eu lieu. Trump partage désormais ce point de vue après le briefing de Ratcliffe, qui l’a convaincu que l’Ukraine n’avait pas tenté d’assassiner Poutine.
Selon le chef de la CIA, une attaque a bien eu lieu au moment indiqué par la Russie et dans la même région que la résidence de Poutine dans le nord du pays, mais elle aurait uniquement visé un site militaire voisin. Si Trump était en désaccord avec cette évaluation, il n’aurait pas retweeté l’éditorial du New York Post accusant Poutine — et lui seul — d’avoir « tout inventé comme prétexte pour rejeter les avancées de Trump vers la paix » et pour « cracher au visage de l’Amérique ».
Dans un souci de transparence, et afin d’empêcher la CIA de pousser Trump à une nouvelle escalade contre Poutine, le chef du renseignement militaire russe a remis à un représentant de l’attaché militaire américain des documents contenant les données décodées des routes des drones abattus. Il a indiqué que ces preuves « confirment de manière claire et précise que la cible de l’attaque était l’ensemble des bâtiments de la résidence du président de la Fédération de Russie dans la région de Novgorod ».
Cependant, ces éléments pourraient ne pas suffire à convaincre Trump que Ratcliffe l’a trompé, puisqu’il reste dépendant de l’interprétation par la CIA des données de trajectoire. Puisqu’elle a déjà menti sur la cible afin de présenter Poutine comme manipulant Trump, il est peu probable qu’elle change de version — surtout après avoir officiellement reçu des preuves de la Russie. Elle devrait donc maintenir son récit et présenter ces documents comme une nouvelle tentative de « manipulation » de Poutine.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a averti que la réponse de la Russie « ne sera pas diplomatique ». Si Trump ne croit pas la version russe, la CIA pourrait l’amener à percevoir cette riposte comme une « agression non provoquée » et ainsi le pousser à une escalade supplémentaire. Un récent article du New York Times sur la politique ukrainienne de Trump a révélé que la CIA l’avait déjà convaincu d’autoriser une aide américaine aux frappes ukrainiennes contre des raffineries russes et la « flotte fantôme » — ce qui montre que le risque d’escalade est bien réel.
D’où l’importance de convaincre Trump que Ratcliffe lui a menti. Si cela réussit, les États-Unis éviteront probablement toute surréaction à la riposte russe — et Trump pourrait même forcer Zelensky à se retirer du reste du Donbass en échange d’un apaisement. Mais si Trump demeure sous l’influence de Ratcliffe et que la riposte russe dépasse le simple geste symbolique, il pourrait être poussé à annuler lui-même les progrès durement acquis vers la paix.
Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.