Que signifie la « bataille pour la Hongrie » ?

Le peuple hongrois a le plus à perdre, puisqu’il devra vivre avec les conséquences.

Les élections législatives de dimanche en Hongrie ont été décrites par RT comme la « bataille pour la Hongrie » en raison des enjeux considérables pour l’Union européenne, l’Ukraine, les États-Unis et, dans une moindre mesure, la Russie. Les trois premiers ont également cherché à influencer les électeurs : l’UE et l’Ukraine par diverses formes d’ingérence, notamment la fabrication de théories complotistes de type « Russiagate » et même une tentative de sabotage du principal gazoduc de la Hongrie ; les États-Unis, quant à eux, par le soutien de Donald Trump et de J. D. Vance au Premier ministre sortant Viktor Orbán.

L’intérêt de l’Union européenne à « destituer démocratiquement » Orbán est idéologique, puisqu’il est un conservateur-nationaliste opposé à l’agenda libéral-globaliste que le bloc souhaite imposer à la Hongrie. Le principal conseiller économique de l’opposition est István Kapitány, ancien vice-président de Shell pour la mobilité, et nous avons expliqué qu’il cherche à réussir là où George Soros a échoué. En résumé, l’UE considère la Hongrie d’Orbán comme un obstacle majeur à ses projets de fédéralisation, qu’elle espère bientôt éliminer.

L’Ukraine est également hostile à la Hongrie, principalement parce qu’Orbán refuse de l’armer, continue d’acheter de l’énergie à la Russie et a parfois bloqué des financements européens destinés à cette ancienne république soviétique. En réponse, l’Ukraine a instrumentalisé l’oléoduc Druzhba en provenance de Russie, dont la Hongrie dépend largement, afin de faire pression pour qu’il change de politique, sans succès. Elle collabore aussi avec l’opposition hongroise, devenue un relais conjoint de l’Ukraine et de l’UE dans la diffusion de théories « Russiagate ».

Les intérêts des États-Unis sont à l’opposé de ceux de l’UE et de l’Ukraine : l’administration Trump 2.0 souhaite la réélection d’Orbán, raison pour laquelle Trump lui-même et Vance lui ont apporté leur soutien. La stratégie de sécurité nationale appelle à soutenir les conservateurs partageant les mêmes idées en Europe, dans le cadre d’un projet visant à empêcher « l’effacement civilisationnel » du continent attribué aux élites libérales-globalistes. Pour les États-Unis, la Hongrie représente un modèle alternatif pour l’Europe, qu’ils espèrent voir imité ailleurs.

Parmi les quatre acteurs étrangers impliqués dans cette « bataille pour la Hongrie », la Russie est celui dont les enjeux sont les plus limités. Elle soutient l’approche pragmatique d’Orbán vis-à-vis du conflit ukrainien et considère la Hongrie comme un partenaire précieux en Europe. Au-delà, Vladimir Poutine estime qu’Orbán pourrait contribuer à rétablir les relations entre la Russie et l’Union européenne après la fin de leur guerre par procuration en Ukraine. Bien que potentiellement décisif, ce scénario reste peu probable, ce qui explique que la Russie ne s’ingère pas activement en sa faveur, malgré certaines accusations.

En définitive, ce sont les Hongrois qui ont le plus à perdre dans cette « bataille », puisqu’ils devront en assumer les conséquences, et ils devraient probablement soutenir le maintien d’Orbán au pouvoir. Depuis le début de son mandat actuel en 2022, il a évité une crise économique en maintenant les importations d’énergie russes et assuré la sécurité du pays en le tenant à l’écart du conflit ukrainien. La souveraineté de la Hongrie s’en est également trouvée renforcée. Son éviction serait donc, dans cette optique, désastreuse pour les intérêts nationaux objectifs du pays.

S’il forme toutefois le prochain gouvernement, il n’est pas exclu que l’Union européenne et l’Ukraine encouragent leur relais politique à lancer une « révolution de couleur ». Après les efforts importants déployés pour tenter de l’évincer, il serait logique qu’une ultime tentative, plus spectaculaire, soit envisagée, en s’appuyant sur l’accusation infondée d’une « ingérence russe » ayant favorisé sa victoire. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle réussirait, mais elle pourrait néanmoins causer des dommages importants au pays, dans ce qui serait perçu comme une forme de pression ou de sanction indirecte contre le peuple hongrois.

Vous pouvez retrouver les liens externes dans l’article original d’Andrew Korybko.